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Forgotten Legend - Bellezza Italiana, classe Littorio (1/3)

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ATTENTION

l'article que vous allez lire contient :

DE LA LECTURE

vous êtes prévenus.

 

Vous vous souvenez, dans l’article sur Yuugumo&Akizuki, quand j’ai parlé du fait que le meilleur destroyer de l’époque était difficile à déterminer ?

Ouais. Moi aussi.

Aujourd’hui, comme d’hab, on va pas parler d’ça. On va parler des Ritaliens pour changer ! Faut bien que je fasse un crochet par l’Europe de temps à autre. Et quitte à parler des ritaliens autant parler de cuirassés.

 

Soyons honnêtes. Littorio a eu une… très mauvaise publicité. Pas à l’époque, nan, après la guerre. Les 90mm ? Complètement pourris. Pugliese ? le pire design de défense anti-torpille. Son armure était censée être moyenne, ses canons bourrés de défauts en précision et vitesse de tir, on parlera même pas de l’absence de radar, et la machinerie, sérieusement, on sait tous que les machines italiennes étaient dissidentes. J’ai oublié un truc ? Ah, oui, les 152mm, avec leurs barrels montés trop proches ce qui causait des dispersions affreuses.

Il reste pas grand-chose à l’italienne après un tel bashing, et c’est pas étonnant que dans les discussions sur le meilleur cuirassé de la dernière gèn, elle arrive fréquemment dans les dernières places.

 

J’ai épluché des TONNES d’articles historiques et beaucoup trop techniques pour essayer de comprendre, déjà si c’était vrai, et de deux pourquoi si jamais c’était vrai. Je suis allé loin, très loin. J’ai lu des articles directement en italien. J’ai acheté LE livre sur Littorio, d’Ermingo Bagnasco ! Et j’ai été très surpris par certains trucs que j’ai trouvé.

Du coup, un Forgotten Legend sur elle. Pour rétablir la vérité. Et oui, il est en trois partie pasque OUAH j’ai écrit les deux premières puis j’ai vu que c’était juste trop long alors j’ai décidé que j’allait découper.

Du coup vous aurez que le début. Norage la suite est déjà presque écrite, je la posterai dans un jour ou une semaine ou quand j’y pense, dans un second topic, et le lien sera disponible ici.

 

Je concluerai cette introduction à un tiers d’article par une citation de l’auteur d’un site italien qui décrit des carac techniques de la Regia Marina : « Niente è facile, quando bisogna analizzare il design di queste navi da guerra italiane! » c’est-à-dire, pour ceux qui parlent pas la langue de Pasta « Rien n’est facile lorsqu’il faut analyser le design de ces navires italiens ! »

 

Oh boy c’est tellement vrai…

 

Allez, un peu d'histoire, beaucoup de technique, trop de pasta, on est parti !

 

Sommaire :

 

Spoiler

Article 1/3 : (vous êtes ici)
H1/ Brève vue d’ensemble historique

            A/ Deleuze & Strasbourg

            B/ Designs Préliminaires et Modifications

T1/ Armement

            A/ 381/50 Ansaldo Mod.34
            B/ 152/55 Ansaldo Mod 34
            C/ AA Suite : 90mm et MG AA

 

Article 2/3 :

H2/ Carrière, classe principale
            A/ Vittorio Veneto
            B/ Littorio

T2/ Protection

            A/ Atteindre la cita si vous êtes un obus

                          1- Par la Ceinture Principale

                          2- Par la Ceinture Supérieure
            B/ Dans le cas où vous êtes une bombe ou une torpille

                          1- Par le Pont

                          2- Pugliese

 

Article 3/3 :

H3/ Carrière, sous-classe Impero

            C/ Roma
            D/ Impero

T3/ Misc
            A/ Machinerie & Endurance
            B/ Les trois gouvernails

            C/ EC-3 Bis et Ter
            D/ Ro.43 & Ro.44

            E/ Autre (coût, équipage, optiques…)

III/ Bilan / Mais du coup, qu’est-ce qui a foiré ?

 

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Oggi, rendiamo all'Italia la sua persa magnificenza ! 1/3
Classe Littorio

 

 

 

Histoire 1/ Brève vue d’ensemble historique
 

A/ Deleuze & Strasbourg

 

En 1933, le grand duel Franco-Italien se joue sur la taille de leur flotte respective (c’est toujours la taille). Le problème était le suivant : chacun voulait être le plus puissant. Le plus faible avait tout intérêt à chercher un accord officiel sous la forme de différents traités ; le plus fort avait tout intérêt à rejeter un tel accord. Simple comme bonjour. Sauf que le plus fort, personne savait qui c’était, pas même eux. Ils continuaient à enchainer les programmes navals, mais chaque années de nouvelles prévisions et des [edited] imprévus empêchaient l’un ou l’autre de prendre un avantage définitif. Tout se jouait donc sur le grand dilemme séparé en deux parties : de l’une, il ne faut SURTOUT pas se relâcher et laisser l’avantage, donc continuer à construire un navire en réponse à chaque navire de l’autre ; de l’autre, à tout moment on pouvait perdre la main alors c’était peut-être important de signer un traité maintenant – mais à tout moment on pouvait prendre la main et dans ce cas c’était avantageux de ne surtout pas signer un tel traité !

Un vrai jeu de cinglé. En 1933, les français avaient semblait-il l’avantage léger avec leur programme incluant Dunkerque et La Galissonière en cours. Néanmoins, différentes oppositions politiques et économiques avaient obligé les Français à décaler les fonds de programme futur aux programmes présents, ce qui causerait un inévitable délai dans les constructions françaises et pourrait lui faire perdre l’avantage face à son opposant qui avait bien évidemment planifié un nouveau programme de construction en réponse. Le capitaine Deleuze fut envoyé en Italie : le but ? Etablir un accord naval pour éviter de tel scénario.

 

Au début les discussions se passèrent plutôt bien, jusqu’à la mise à l’écris du traité où les Français essayèrent de changer les termes du contrat, essayant d’autoriser chaque pays construire un cuirassé de 26500t en plus des navires en cours de construction, mettant effectivement l’Italie en position défavorable de 1 pour 2 parce que Dunkerque était déjà sur les rails. Cela va sans dire, la discussion a été arrêté là par des italiens sentant l’embrouille à plein nez. Au final, cet échec n’était qu’un énième élément auquel le public n’aurait pas prêté attention s’il n’avait pas été suivi par la rumeur, comme quoi la France voulait construire un second Dunkerque, officiellement en réponse à un quatrième Deutschland planifié par l’Allemagne, mais pris par l’Italie comme une véritable déclaration de course.

 

M.Cavagnari, secrétaire italien à la Navy, a rapidement invoqué le droit Italien du dernier traité de construire jusqu’à 70000t au total de cuirassés, officiellement. Il s’agissait plus d’une menace à la France que d’une véritable ambition, notamment car Mussolini – à l’époque Ministre de la Navy et des affaires Etrangères - était opposé à l’idée. Mais que les nouvelles du second Dunkerque se sont confirmés, tout a changé pour Cavagnari, qui était certain qu’il était désormais nécessaire de répondre par un nouveau programme d’armement massif, destiné à étendre la flotte plutôt qu’à la consolider.

 

Il fit sa première proposition avec un long exposé sur la situation actuelle, l’échec des négociations, et recommanda largement un cuirassé de 30000 à 35000t avec des canons de 381 ou 406mm.

 

Bundesarchiv_Bild_183-S54286,_Italien,_S

Littorio avant complétion finale

 

B/ Designs Préliminaires et Modifications

           

La proposition de Cavagnari fut mise sur papier. Un cuirassé de 35000t avec 9 canons de 381mm en trois tourelles triples, 12 canons de 152mm en six tourelles doubles, capable d’atteindre 30kn, fut dessiné. Cavagnari avait suffisamment bien défendu son propos pour que le comité naval accepte de faire une étude approfondie des formes que pouvait prendre un tel projet.

Néanmoins, le projet pris du retard et rien n’avait été décidé à la fu du premier trimestre de 1934. A cette époque, les français firent une tentative pour recontacter les italiens et essayer d‘aboutir à un accord – probablement à cause de la rumeur de construction possible de cuirassés de 35000t. Elle fut reçu très froidement par les italien mais Mussolini, toujours peu convaincu par l’idée, alla quand même entendre la proposition et leur proposa d’abandonner l’idée des 35000t si ils pouvaient construire des navires de 26000t chacun, à condition d’aussi obtenir un accord sur les navires plus légers. Néanmoins, l’idée ne plu ni à la Royale, ni à Cavagnari. A défaut d’obtenir une réponse claire et rapide de la France et pressé par le reste du gouvernement, Mussolini céda et autorisa entre avril et juin un gros budget afin de construire ces cuirassés – à condition de ne pas mentionner officiellement qu’ils étaient en réponse à la France, ce qui fut accepté et contribua à garder des relations correctes entre les deux pays.

Dès octrobre 1934, deux noms furent attribués : Littorio et Vittorio Veneto.

 

Un autre défi provint, néanmoins, des British ! Les British voyaient arriver la date promise de la conférence navale de Londre de 1935, et eux avaient grand espoir d’imposer des réductions beaucoup plus drastiques, notamment, une réduction du déplacement maximal à 25000t et du calibre maximal à 305mm ! Le programme italien était une menace directe à ce projet, car les Français risquaient de répondre avec les mêmes caractéristiques. Les anglais relancèrent plusieurs fois les italiens sur leur envie « d’en parler » ce à quoi les italiens répondirent « non, en plus vous vous avez déjà Nelson alors hein ». De plus, accepter semblait stupide pour toute autre nation que le Royaume Uni, car ces derniers étaient les seuls à encore croire – à tort – que les américains accepteraient une telle réduction. En désespoir de cause, les british tentèrent de faire réduire le calibre italien à 356mm, ce qui fut très peu considéré et rapidement rejeté.

 

Confiés à Ansaldo et CRDA, ces deux cuirassés, après des études sur de possibles configurations d’armement différentes (2*4 406mm, 2*4+1*2 381mm et autre) commencèrent à être construits. Des délais et plusieurs modifications pendant la constructions augmentèrent le déplacement à 40500t ; estimés à 480 000 000 lira chacun, ils coûteraient en réalité beaucoup plus cher et ne seraient disponible qu’en mi-40 au lieu de 1939.

 

Avec leurs petits problèmes en Ethiopie qui leur ont valu des sanctions internationales, les Italien ont pris du retard, mais aussi ont réalisé que Cavagnari disait vrai : la navy avait besoin d’être plus forte que jamais dans les années qui arrivaient. En 1936, la prévision de construire un troisième Littorio était déjà dans les airs. Ce n’est qu’en 1937 qu’une quatrième unité fut finalement ajouté, dans le même programme qu’une expansion des Capitani Romani. En 1938, la décision fut officialisée et les cuirassés furent nommés Roma et Impero. Leur construction commença aussi ; Roma serait terminée au milieu de la guerre, Impero, jamais mise en service.

 

Italian_battleship_Roma_(1940)_starboard

Roma, 3è soeur de Littorio

 

Technique 1/ Armement
 

Un cuirassé, ça a deux aspects centraux : l’offense (les gros canons qui cassent tout) et la défense (une grosse armure que rien ne casse). Et, bien que le concept de BB ait évolué beaucoup pendant la dernière gen, le point central est resté le même : combat de surface aux canons.

Je vais donc commencer par m’attarder sur le premier de ces deux points. Offense : quelle cible les canons de Littorio peuvent-il prétendre menacer ?

 

 

A/ 381/50 Ansaldo Mod.34

 

1920px-Italian_battleship_Roma_(1940)_fo

381/50 OTO Mod.36 A et B, cuirassé Roma

 

i- La distance d’engagement

 

Quelques records de distance de touche :

Scharhorst/Warspite, touche à 24km sur cible manoeuvrant (22kn+)

Yamato, encadrement à 32km sur cible lente (20kn-)

Iowa (ou soeur), touche à 28km sur cible à l’arrêt

 

La distance maximale de tir a peu d’incidence sur l’efficacité tant qu’elle comprend les distances d’engagement dites “classiques”, entre 15 et 30km. Il y va sans dire que Littorio, avec sa distance confirmée en mer de 42.8km maximal, rentre largement dans cette catégorie. Cette distance est atteinte avec une élévation de 36° et une vitesse initiale de 850m/s ; une élévation de 45° existait aussi mais a été seulement utilisé en tests de tir et il est communément assumé qu’elle était impossible à atteindre en mer.

Il est bon de noter que les obus HE de Littorio avaient une vitesse initiale de 880m/s, et ont donc atteint à 36° la range impressionnante de 44.6km.

 

Les distances d’engagement, situés entre 15 et 30km, étaient atteinte par Littorio avec des élévations entre 7 et 20°. (céimportant)

 

ii- Vitesse d’élévation et rotation

 

Avec 6° par seconde horizontalement et verticalement, les tourelles de Littorio étaient extrêmement rapides. Leur vitesse d’élévation était la deuxième plus rapide d’Europe, dépassée seulement par King George V (8°/s). Leur vitesse de rotation était la plus rapide du monde, d’1°/s comparé aux canons de Richelieu ou Bismarck, allant jusqu’à 4°/s de plus que Yamato. (ouioui ça aussi céimportant)

 

iii- la vitesse de chargement

 

A l’élévation de chargement, Littorio atteignait confortablement 1.33 coup la minute, soit un temps de chargement de 45s. Ce temps de rechargement est long, même pour un cuirassé, et il s’agit probablement de l’un des plus long existant - la plupart rechargeant entre 30 et 38s, Bismarck descendant officiellement à 26s, constaté à 23s, prétendu à 20s ; et seul Richelieu, jusqu’à sa modernisation d’après-guerre avait un temps de rechargement similaire d’au minimum 45s.

Un élément vient néanmoins mitiger ce désavantage par une poignée de secondes : sur tous les cuirassés excepté Littorio et Richelieu, l’angle de recharge était généralement très bas (entre 2° d’élévation et 5° d’élévation). Il leur fallait, à une distance d’engagement classique de 20km, entre 2 et 4 secondes pour descendre les canons après chaque tir, puis recharger, puis entre 2 et 4 secondes pour revenir à l’élévation précédente. Ainsi, de 4 à 8 secondes s’ajoutaient au temps entre chaque tir lors de la plupart des engagement - voir encore plus dans les cas où cela prenait du temps d’immobiliser le canon à l’angle de chargement exact.

L’angle de chargement de Littorio était situé à une élévation de 15°. Couplé à sa vitesse d’élévation rapide, il ne lui fallait que deux secondes de plus au total pour tout rechargement entre 9° et 21°, ce qui couvre pratiquement toutes les élévations des distances d’engagement normales.

 

Ce détail qui est un avantage à moyenne et longue portée devient néanmoins un désavantage à très courte portée (8km et moins), faisant de Littorio un cuirassé moins adapté aux situations nécessitant ub engagement très proche, notamment les batailles nocturnes.

Il est aussi important de noter que cet avantage n’avait officiellement pas de prise sur Richelieu, laquelle était théoriquement capable de recharger ses canons principaux à n’importe quelle élévation (je ne discuterai pas le mécanisme ici mais sachez qu’en réalité pour toute élévation supérieure à 15°, il était d’usage pour la française de tout de même revenir à 15° pour recharger, l’opération était trop complexe et propice à des erreurs ou défauts en cas d’un trop grand angle).

 

Il est à noter qu’en cas de dégâts, ou destruction du système de rechargement, un second était implémenté dans les canons permettant la charge à une élévation de -2°. Ce système avait pour but de faire en sorte que les canons puissent toujours fonctionner malgré des dégâts, même si à vitesse réduite.

 

iiii- Courbes des pénétrations en cas de touche

 

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Pénétration d’armure (Y, en mm) en fonction de la distance (X, en km)
Approches mathématiques basées sur les valeurs donné par la formule empirique de pénétration d’armure Américaine

 

Petite interprétation :

GROS point fort. Les canons de Littorio, bien que de 381mm, se battent clairement en terme de pénétration dans la catégorie d’au dessus. Comparé à Yamato et Iowa, ils sont très proches et passent même devant l’américaine vers 22~26km, pour finir par quasiment égaliser la pénétration des canons de Yamato au delà de 32km !

 

Petite précision néanmoins : cette comparaison a été faite à l’aide de la seule formule qui permet de comparer ces valeurs, la formule empirique de pénétration d’armure Américaine. Bien que ce soit une valeur sûre, il n’en reste pas moins qu’elle ne fonctionne uniquement qu’en condition optimales ; ainsi, considérez que pour TOUS les navires présents les valeurs sont là à titre indicatif pour illustrer la pénétration maximale théorique. De nombreux facteurs peuvent venir perturber la valeur finale une fois en combat. Autrement dit, cet outil sert plus à comparer les canons entre eux qu’à déterminer si tel canon parviendrait à pénétrer telle plaque d’armure.

 

iv- Dispersion et précision

 

AH ! La on arrive dans un sujet sympa et l’une des première grande controverse de Littorio. Sa précision était abyssale, enfin d’après la rumeur. Voici ce que l’on peut souvent lire si l’on cherche, et ce qu’il en est :

 

-Les canons italiens étaient montés trop proches, causant une dispersion excessive

Réponse : FAUX. En tout cas, pour Littorio.

L’argument est valide et justifié par beaucoup de navires italiens. Leurs croiseurs, particulièrement lourd, une grande partie de leurs croiseurs légers, et aussi leurs destroyers, avaient tous ce problème typique des Italiens. Il semble naturel d’étendre le raisonnement aux cuirassés ; néanmoins, ce n’est pas le cas. Les tourelles triples de Littorio ne causaient absolument pas plus d’interférence que les autres tourelles multiples des autres nations.

Comprenez : je ne dis pas qu’il n’y avait pas d’interférence augmentant la dispersion. Ce problème était commun à tous les cuirassés depuis l’existence même des tourelles double et bien avant les solutions françaises de l’après-guerre, les anglais avaient déjà inventé le concept de “demi-salve” et “double salve”, en ne tirant qu’un canon de chaque tourelle double, suivi une seconde plus tard de l’autre pour augmenter la précision. Littorio n’était pas une exception à ce phénomène qui touchait toutes les tourelles multiples. Ce qui est faux, c’est de dire que les phénomène était plus marqué chez elle que les autres. Seul Richelieu, avec ses tourelles quadruples, a rencontré des interférences excessives.

 

-La dispersion officielle de Littorio était très bonne en dessous de 20km et catastrophique au delà.

Réponse : VRAI. En tout cas du point de vue officiel.

La dispersion des 381mm italien était un pattern de 200m à 19km, ce qui, bien que pas impressionnant, était parfaitement dans la norme des cuirassés de l’époque. Néanmoins, à 23km, le pattern de dispersion doublait de taille et atteignait 400m, une valeur soudainement mauvaise, indiquant ou bien une sorte de scission de la dispertion autour de 20km de distance, ou bien une augmentation très rapide et absolument pas linéaire ce qui en contrepartie ferait de Littorio l’un des cuirassés les plus précis à courte portée, une option que je serais tenté de croire au vue de certains évènements historiques.

Si j’ai dit “officiellement”, c’est parce qu’il y a de nombreux éléments et témoignages historiques qui tendent à montrer que cette figure officielle de dispersion était en réalité un cas isolé qui variait selon certaines conditions précises.

 

-La dispersion italienne était causée par une échauffement rapide et excessif des canons.

Réponse : FAUX ! Si vous lisez ça, sachez-le : c’était ce que croyaient les italiens au départ, mais ils se sont vite rendu compte qu’ils se trompaient et que ça n’était pas le cas. Le problème venait d’autre part. D’où alors ? D'autres idées ?

 

WNIT_15-50_m1934_projectile_pic.jpg

Obus AP de 381mm, en train d'être chargé sur Littorio

 

-Le design des obus italiens était défectueux.

Réponse : PRESQUE ! Pas leur design, non. Leur design était très bon. C’est la manufacture qui était inégale !

Navweaps cite Maurizio Di Sciullo à propos des performances, en termes de précisions, des canons de 381mm de Littorio et Vittorio Veneto. Pour résumer, il note les variations de précisions excessives et sans aucune explications entre les différents engagement et tests. Son explication est la suivante : en Italie à l’époque, pour tester la qualité de manufacture, on demandait à l’industrie de livrer une cargaison de son choix, plutôt que d’en prendre au hasard dans la chaîne de production. Ainsi, certains fournissaient quand demandé des obus parfaits, mais se contentaient le reste du temps de les manufacturer à la va-vite. Ainsi, lors des vrais engagements, parfois les obus étaient de bonne qualité et l’augmentation exponentielle de la dispersion en fonction de la distance ne se faisait pas, et parfois ils étaient fait rapidement et la dispersion était catastrophique.

 

Mais du coup au final la précision avec des obus de bonne qualité elle est comment ? Eh bah, officiellement… On sait pas “vraiment”. Msieur Di Sciolu nous dit qualitativement que la précision de Littorio lors de la première bataille de Sirte était “excellente” à 29km de porté, plus que Vittorio Veneto à 22km, ce qui suggèrerait qu’avec de bons obus, à 30km, le pattern de dispersion des canons serait égal ou inférieur à 400m, ce qui mettrait la dispersion dans la norme tout en étant pas spécialement supérieur aux autres.

Quant à la courte porté, bien qu’il soit très difficile d’appliquer des chiffres, la seconde bataille de Sirte peut nous éclairer.

Les navires suivants ont tous été endommagés par Littorio entre 8km et 18km (la plupart entre 13 et 18km) :

-Destroyer Havock (near-miss), forcé à quitter la bataille à cause des dégâts. Jamais réparée, endommagée au port par des raids aériens, abandonnée en cours de route vers un autre port.

-Destroyer Kingston (touche); destruction des moteurs, des tubes de torpille, des canons anti-aérien et des projecteurs, incendies, forcé à l’arrêt jusqu’à réparations temporaires. Jamais réparée, coulée au port par des raids aériens.

-Destroyer Lively (splinter), bulkhead percé et un compartiment inondé, continua le combat

-Croiseur léger Euralyus (stradle), forcé à des réparations courte (un/deux mois max)

-Croiseur léger Penelope, dégâts inconnus

 

La capacité du cuirassé à toucher ou endommager pendant cette bataille autant de navires légers à une distance moyenne de 12 à 15km indique que sa précision était suffisamment correcte pour attaquer des destroyers manœuvrant à une portée courte et moyenne-courte.

 

Au final, le dernier élément de comparaison provient de peut-être la seule valeur numérique que l’on possède d’un test de tir avec un obus défectueux. En 1939, un test de tir a proposé le résultat suivant : à 17km, 10.7% de touche en moyenne. A 21km, 7% de touche. Comparons au cuirassé le plus précis de l’histoire des cuirassés : Iowa, à 18km, 10.5% de touche, à 21km, environ 8 à 8.5%.  Comparé au cuirassé le plus précis du monde, c’est vraiment pas mal.

 

v- Répartition sur le navire

 

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Graphique tiré de “The Littorio Class, Italy’s Last and Largest Battleship” d’Ermingo Bagnasco

 

La position des canons du Littorio était au final très classique – bien qu’il soit intéressant de rappeler que c’est un « classique » qu’elle-même a instauré puisque les cuirassé pré-1920 avaient des configurations beaucoup plus variées et que la seule New-Gen précédent Littorio, Nelson, avait une configuration très originale.

La volonté était de ne pas, comme sur Nelson et Dunkerque, abandonner toute puissance de feu en cas de fuite, tout en concentrant une majeure partie de la puissance de feu vers l’avant – c’est l’un des arguments qui a poussé à l’abandon d’une configuration AX avec des canons quadruples de 406mm. Au départ, une quantité plus grande de canons avait été prévu – avec une configuration « A la KGV » avec deux quadruples en AX et un double en B. Finalement, cela a été rejeté en raison de la complexité de concevoir deux types de tourelles différents. Suite au choix final de 3*3 381mm, le souhait a été exprimé de faire en sorte que la tourelle arrière puisse tout de même participer le plus possible aux offenses.

Les designers ont donc fait en sorte que son arc de tir soit extrêmement large, avec seulement un angle mort de 40° vers l’avant, atteignant ainsi la volonté initiale : un navire capable d’engager une cible offensivement avec tout son armement dans une majorité des cas, avec 2/3 concentré à l’avant dans le cas de poursuite, et toujours 1/3 à l’arrière pour se défendre en cas de fuite.

 

vi – L’explosif

 

Je vais pas trainer longtemps sur l’explosif employé mais je me devais de faire une paragraphe dessus parce que c’est la vraie – et souvent méconnue – faiblesse de ces canons.
Tous les obus ont une charge explosive, sinon c’est pas un obus. Le principe est simple, plus t’as d’explosif, plus l’explosion est grosse et fait de dégats. Les obus classiques de cuirassés de l’époque tournent à une valeur de 18kg de TNT en puissance explosive, avec différents types d’explosif (le plus puissant étant certainement l’explosif japonais). Seul exception, l’Italien, qui utilise la stable et fiable TNT mais avec seulement 10kg dans les AP soit prèt de 2 fois moins !

Ce que ça veut dire, c’est que votre obus fera pas autant de dégâts que les autres à moins de toucher une zone très sensible et de causer des réactions en chaine. Dans les moteurs ou les magasins ça importe peu, mais si l’obus s’arrête à mi-chemin dans le navire ou encore dans la partie supérieur, il est moins susceptible d’infliger des dégâts irréparables, ou en tout cas sur une petite zone.

 

Et sachez-le, c’était un choix italien ça. Ils ont justement sacrifié la puissance pour des capacité de pen et aérodynamiques accrues.

 

vii- Note finale sur les canons principaux

 

Du coup. Au final, on a :

++ des canons qui ont une grosse puissance de pénétration horizontale ainsi qu’une grande distance d’engagement effective

+ des canons qui tournent vite, avec une précision bonne/dans la norme
- des canons qui tirent lentement, avec des arcs plus plats moins propices à la pénétration verticale

-- des obus avec moins de puissances explosive, qui doivent vraiment toucher une zone sensible pour faire des dégats

Pour des 381mm, il s’agit d’une arme spéciale qui doit toucher une zone sensible pour montrer tout son potentiel ; mais quand elle arrive à un endroit propice aux dégats, elle est véritablement puissante et rivalise sur ce point avec ses sœurs du Pacifique.

Bien entendu, d’autres caractéristiques entrent en ligne de compte – notamment la durée de vie de la tourelle, plus courte pour l’Italienne que celle des autres – et il serait difficile pour moi de toutes les explorer. Mais en combat, c’est un canon avec lequel il faut compter et qui peut infliger des dégâts réels sur toute sorte de cible en cas de touche au bon endroit.

 

B/ 152/55 Ansaldo Mod 34

 

WNIT_6-55_m1936_Duca_degli_Abruzzi_speed

Croiseur Luigi di Savoia Duca Degli Abruzzi, portant les mêmes canons de 152mm

 

Les 152mm de Littorio étaient au départ désignés comme des « anti-torpedo-boat ». Comprenez grosso modo que c’est surtout fait pour engager le destroyer – et dans les rares rencontres, Littorio a plus souvent engagé tout et n’importe quoi au 381mm, y compris les destroyers. Bref, pas une raison pour pas étudier ces canons.

 

i- Distance d’engagement

 

Bien que ce soit plus dur de trouver des références pour les canons de ce calibre, j’en ai une assez appropriée :

Un obus de 152mm de Giuseppe Garibaldi a endommagé par éclats le croiseur HMS Neptune, à une distance de 21.5km.

 

Attendez vous à ce que ce type d’engagement soit vraiment la limite haute quand on sait que ce canon avait une distance de tir maximale, à 25.7km avec ses AP, à 45° d’élévation. Néanmoins, attendez vous aussi à ce qu’on retrouve des performances similaires sur Littorio puisqu’il s’agit… très exactement du même canon !

 

ii- Vitesse de rotation et d’élévation

 

… bah j’en sais rien en fait. Etant donné que le système est une copie partiel des 152mm précédente présente sur les 4 première classe du groupe Condottieri, j’imagine qu’on peut supposer les valeurs comme identique ou au moins proches : 5°/s d’élévation et 6°/s de rotation.

On va pas s’mentir sur le coup, c’est correct mais les japonaise s’élèvent plus vite et les américaines font tout plus vite, tout comme les Française d’ailleurs. Rien de dramatique mais pas la meilleur vitesse.

 

iii- Vitesse de chargement

 

En moyenne, 4.5/5cpm donc un rechargement entre 12 et 15s en fonction de l’humeur des mecs à l’intérieur. C’est moins que la vitesse de tir théorique des 152mm Françaises (mais plus que celle en pratique, héhé).

Dans l’ensemble, c’est pas super rapide comme vitesse, mais on est pas à une aussi grosse différence que celle des canons principaux. Les allemandes, américaines et anglaises tirent un peu plus vite en moyenne, pas vraiment les russes, japonaises ou françaises (fin pas qu’ils en avaient beaucoup à l’époque).

 

On est sur une moyenne/basse question vitesse de tir.

 

iiii- Pénétration

 

Bon, alors, de 1 c’était surtout fait contre les DD, et de deux, les valeurs de pen sont TRES TRES rares pour les canons de 152mm. Mais ça vaut quand même le coup de jeter un œil à mes simulations :

 

1524428004-152arpencurvespng.png

Pénétration d’armure (Y, en mm) en fonction de la distance (X, en km) entre 5 et 20km
Basées sur des valeurs historiques officielles
Notez que la marge d’erreur est bien plus large que celle du graphique précédent

 

 

Ce qu’on en retire c’est que – pareil, si un canon doit engager autre chose qu’un DD et percer autre chose que du plating l’Italien est le plus susceptible d’y arriver. Avec la marge d’erreur issue du manque pur et simple de valeurs, on peut considérer que les performances des 152mm Italiens et Américains en termes de pénétrations sont identiques. L’allemande est peut-être un peu meilleur que ça IRL mais même toute la marge d’erreur du monde ne corrigera pas ses valeurs de pénétration catastrophique.

Quoi qu’il en soit, même si ce graphique n’illustre pas grand-chose de par son imprécision, il est suffisant pour supposer que les 152mm de Littorio étaient capable d’engager une quantité de cible non-négligeable.

 

iv- Dispersion et précision

 

Vous allez rire (ou pas). Allez, on fait comme la dernière fois. Les différentes assomptions !

 

-Les 152mm des Condottieri avaient tous un problème de dispersion ; de même pour Littorio.

Réponse : FAUX. Littorio montait les mêmes 152mm qu’Abruzzi.

Ca change quoi ? Vous me demandez. Ca change qu’Abruzzi n’avait pas les mêmes canons que tous les autres. C’était, jutement, la version corrigée en termes de vélocité initiale, et de taille/espacement. Ils étaient même précis en fait, avec 80 à 90m de pattern de dispersion à 17.5km – ce qui est très bien.

Par contre…

 

-Laisse moi deviner. Leurs obus étaient défectueux ?

Réponse : Oui, non. Pas tous. Certains xD

En fait, leurs AP étaient très bien. Aucun défaut, aucun problème, excellente pen, bons dégats, bonne précision, bonne distance de tir.

Leurs HE… déjà, typique à beaucoup d’HE italiennes, forcé de constater qu’elles étaient pas super puissante – voir les MOINS puissantes, avec le moins d’explosif, d’un explosif moins puissant : 2.3kg de TNT là où beaucoup de pays tournaient à 3.5kg (et les US à 6kg pasque MURICA). Mais bon, ça, à la limite, on peut survivre avec ; nan le véritable problème c’était que la forme des obus, d’une manière ou d’une autre, doublait la dispersion.
Et là c’est pas un problème de manufacture bâclée. C’est littéralement l’obus standard qui était mal conçus et qui faisait sauter la dispersion des HE à 160~200m à 17.5km.

 

Donc, des canons précis… Aux AP seulement. Aux HE… C’est pas vraiment ça.

 

v- Répartition sur le navire

 

it_bb_24.gif

Dessin issu de Navypedia.org

 

Les canons de 152mm étaient placé selon deux concepts très simples : de 1, aux endroits les plus propices pour les faires profiter de l’armure et éviter des dégâts du aux ondes de choc des canons principaux ; de 2, pour en avoir toujours au moins un sur une cible. Arrière comme avant ils avaient tous des angles classiques entre 0 et 90°, capables de faire des quart de tours. En réalité, ils pouvaient faire un peu plus – les canons avant pouvaient se tourner un peu vers l’arrière et ceux de l’arrière un peu vers l’avant – mais dans l’ensemble, le but était de couvrir tout le tour du navire, afin qu’un 152mm soit disponible quelque soit l’angle.

 

C/ Les 90mm et les MG AA

 

Il nous reste quoi comme canons ? Les très attendus 90/50 OTO Mod 39, bien sûr ; les 37/54 Breda Mod 38 ; et enfin les 20/65 Breda Mod 35. En somme, surtout des canons AA (bien que le 90mm pouvait servir d’arme anti-surface contre un navire sans armure, tout comme les 37 et 20mm, quoique l’effet aurait été limité).

Cela va sans dire, on aborde pas l’AA comme un canons classique ; et on aborde pas l’AA italienne comme une AA classique, ça serait trop simple.

Commençons néanmoins par une vue d’ensemble numérique avant de s’attarder sur la question de savoir si ces canons étaient plus ou moins performants que les autres.

 

i- AA suite complète comparée

 

Navire

Littorio

Richelieu

Bismarck

KGV

North Cal’

Yamato

<30mm

8*2 20

4*4+2*2 13.2

12*1 20

 

12*1 12.7
4*4 28

2*2 13.2

8*3 25

30~69mm

8*2+4*1 37

4*2 37

8*2 37

4*8 40

 

 

69~99mm

12*1 90

4*1 90

 

 

 

 

100+mm

 

6*2 100

8*2 105

8*2 133

10*2 127

6*2 127

Misc.

 

 

 

4*2 UP

 

 

 

Vous l’aurez compris, tout ce bordel se passe à l’époque où Bofors n’a pas encore dominé le monde, et où les anglais croient encore que leurs rockets UP seront utiles (c’est pas le cas).

Généralement, on considère qu’une bonne défense AA de début de guerre devrait mixer deux calibres : les légers, disons en dessous de 40mm, et les lourds, qui sont généralement des DP. Une scission est apparue avec la domination de Bofors et Oerlikon, lorsque les navires se sont mis à équipper du 20mm (AA légère), puis plus tard à le replacer par le 40mm (AA intermédiaire), le tout sans jamais perdre leurs DP (AA lourde). Ces trois classes de calibres continueraient à cohabiter chez tout le monde, sauf les US qui décidèrent de transformer toutes les légères en intermédiaires car 20mm n’avaient pas suffisamment de puissance pour interrompre un kamikaze en pleine attaque.

 

En cette fin du début de guerre, Littorio a un armement possédant la particularité de ne pas avoir de « très lourds DP » dans le sens où ses plus lourds sont les 90mm (les 152mm ne comptent en AA chez AUCUNE nation avant 1945, sauf les Suédois). En revanche, elle possède un arsenal assez complet sur le reste des catégories de calibre, avec 16 20mm et 20 37mm.

 

En terme d’AA « lourde », ses 90mm sont donc les seuls pièces à combattre les 100, 105, 127 et 133mm. L’avantage du calibre léger, qui échange de la puissance pour, en générale, de la vitesse, est compensé en plus par le nombre : Littorio possède le plus de tourelles d’AA lourde, mais toutes sont des canons simples, ce qui lui fait envoyer au final moins d’obus vers le ciel en une volée que les autres nations. Reste à savoir si les 90mm valent cette légère différence.

En terme d’AA intermédiaire, Littorio brille en nombre, proche de Bismarck, derrière uniquement KGV ; mais pour cette dernière, il faut prendre en compte que le nombre très grand de 40mm compense à peine le fait que c’était la seul AA vraiment fonctionnel sur le navire à l’époque, car elle ne possède ni légère, ni lourde, et que les 133mm étaient à peu prêt aussi efficaces que les rocket.

En termes d’AA légère, Littorio a un nombre dans la moyenne : supérieur à ce que se trouve en Europe, inférieur à ce qui se trouve dans le Pacifique.

 

Pour résumé : Question nombre est répartition, l’AA de Littorio est équilibrée et correctement étalée sur les différents calibres avec comme seul vrai manque aucun calibre de plus de 100mm que les 90mm pourront peut-être tenter de combler s’ils sont efficaces.
Il est cependant important de rappeler que c’est une étude de début de guerre, et que Littorio n’ayant jamais vu son AA se moderniser, sa valeur anti-aérienne dégringolera au fil du temps pour ne finalement plus valoir grand-chose en 1943.

 

WNIT_37mm-54_m1932_amidships_pic.jpg

A bord du Littorio, été 1940. Des 20/ Breda Mod 35 (arrière plan, à droite), des 37/54 Breda Mod 38 (premier plan), des 90/50 OTO Mod 39 (canons blancs, gauche) peuvent être vus ainsi qu'une partie d'un canon de 152mm

 

ii- Les 20/65 Breda Mod 35

 

Parlons un peu des 20mm Italiens. Je vais évidemment comparer quelques stats, mais contrairement aux gros canons qui nous donnent assez pour nous faire une opinion personnelle, ces petits bêtes ont généralement plein de détails qu’on ne peut connaitre qu’en se fier au jugement qualitatif d’autres sources.

Par exemple, les 28mm US et 25mm IJN avaient, en début de guerre, des défauts similaires : rushé en production, ils étaient peu fiables, bloquaient souvent, et dans l’ensemble, ils étaient très peu efficaces – des défauts que ces nations, pendant la guerre, ont résolu de différentes manières, les américains en passant à l’Oerlikon, les japonais en développant des versions corrigées du même canon.

Le meilleur de l’époque – point de vue personnel – est l’allemand 20/65 C/38 monté sur Bismarck, qui approchait plus ou moins les caractéristiques du bientôt-ultra-populaire Oerlikon en termes de vitesse de tir (220cpm en pratique, contre 100~120 pour les autres nations dont les 20mm Italiens), 4,9km de porté maximale avec une hauteur max de 3.7km – les valeurs effectives étant évidemment bien plus basses, à peine 910~1200m pour la visée manuelle. Sur ce dernier point, d’ailleurs, l’Oerlikon obtiendrait des valeurs identiques, qui n’étaient pas les meilleurs, puisque des canons comme les Japonais ou Italien atteignaient tout deux des valeurs de distance effectives au delà de 2km, et maximale encore plus grande (5.5km pour les Italien, jusquà 7.5km pour les Japonais). Ces deux derniers, cela dit en passant, partageaient leur vitesse de tir plus basse à cause d’un même « défaut », l’obligations de recharger les drums souvent pour cause de contenance très limité.

 

Bon, et l’Italien dans tout ça ? Vitesse de tir correcte sans plus, une très bonne range d’engagement. Autre chose à dire ? Il se trouve que non. Les 20mm Italiens sont généralement classés quelque part entre « bons » et « très bons » pour leur calibre, certes derrières les Oerlikon mais pas de si loin, et tout de même parfaitement capables de remplir leur rôle et de le remplir bien ; ils ne possédaient pas de défauts connus et semblaient être à la fois fiables et efficaces.

Ah, si, il y avait la durée de vie, 5000 coups, c’est pas la mort, ça n’apporte pas vraiment de malus au navire en lui-même, seulement un malus économique de coup de remplacement quand tu sais que les Oerlikon tenaient 9000 coups, les japonais 12000, et les allemands 22000.

 

iii- Les 37/54 Breda Mod 38

 

Si on passe aux 37mm j’entends direct « Alors, ils étaient comment par rapport aux Bofors ? » eh bah, moisi, comme TOUT. C’est simple, les Bofors, qui étaient déjà en service en Suède depuis 1936 mais pas en UK/US avant 1942, étaient juste au dessus de tout ; ça sert pas à grand-chose de comparer n’importe quel canon d’avant avec eux, pasque dans ce cas tout était moisi avant. Alors pour rappel, un canons que ne valait pas le Bofors n’était pas forcément mauvais, c’est juste le Bofors qui était très très TRES bon.

 

Mais du coup, entre eux, ça donne quoi ? On a grosso modo trois exemples à opposer à l’italien : les 37mm CAIL Français de 1933 ; les 37mm allemands C/30 extrêmement utilisés ; et évidemment les 40mm octuples anglais ou « Multiple Pom Pom », qui étaient un peu plus vieux.

Contrairement aux 20/25/28mm, aucun des 37/40 n’était vraiment défectueux. Le plus gros défaut, c’était que le Français et l’allemand étaient des semi-automatiques chargés donc à la main, ce qui cause une RoF de 30/40cpm maximum, et en pratique, plus proche de 20cpm, ce qui les rendait vraiment pas adapté au combat anti-aérien en 39/40. Le canon anglais lui pouvais spammer à 90/100cpm malgré son age ; l’Italien avait carrément plusieurs modes à choisir, 60, 90 ou 120cpm – choisir une vitesse de tir plus lente conservant la durée de vie du canon (tiens, d’ailleurs, je crois que c’est le seul canon sur lequel ils ont implémenté une méthode pour augmenter sa durée de vie…)

Le problème de l’anglais par contre c’était que son Age rendait pas mal de caractéristiques obsolètes : là où les distance de tir Françaises, allemandes et italiennes étaient similaires, entre 7.5km et 8.5km max, et 4km~4.8km effectif, avantage pour l’allemand, l’anglais lui atteignait un pauvre 3.5km max et effectivement n’était utile qu’en deçà d’1.1km ! ET je ne parle même pas de la vélocité : 800mps pour les Français et Italien, 1000mps pour les allemands, 530 pour les anglais.

Les anglais et les Français savaient que leur canon arrivait en fin de vie et se sont mis à la recherche de modernisations. Les Français ont développé un nouveau 37mm, jamais mis en service hélas ; les anglais ont développé un nouveau projectile à haute vélocité (701mps). Hélas pour eux il fallait aussi modifier une grosse partie du canon pour le tirer, et le gain en vitesse et surtout en porté n’était pas énorme, n’amenant qu’à 1.5km effectif.

 

Au final, les 37mm Italiens et Allemands étaient clairement en tête, et l’allemand serait définitivement premier si sa RoF n’était pas jusqu’à 4 fois inférieur à celle de l’Italien, ce qui faisait des 37mm de Breda l’un des meilleur canon AA de la catégorie intermédiaire de l’avant-guerre. Cependant, l’arrivée des Bofors pendant la guerre et – kudos aux allemands – le développement des 37mm KM42 et KM43 feraient une fois de plus tomber les Italien dans le classement au fur et à mesure que la guerre avancerait, faisant passer les 37mm de Breda de « très bon » à « bon » à « correct » et pour finir en 1943, « passable, sans plus ».

 

iv- Les 90/50 OTO Mod 39

 

WNIT_35-50_m1939_pic.jpg

Un 90/50 OTO Mod 39 naval. Photographie d'Eugenio Vajna, Musée des Science de Milan

 

AH. Les 90mm. Les FAMEUX 90mm. Pas forcément pour les bonnes raisons.

Vous savez, pour des trucs comme Pugliese ou la dispersion des 381mm, je peux me contenter de rétablir une vérité dans le « milieu ». Quand je vous démontre que le truc était pas aussi horrible qu’on le décrit mais qu’il était « dans la norme », généralement ça passe pour une quantité de monde.

Là par contre ça va pas être possible d’être modéré comme ça donc je vais le balancer tout de suite :

 

Ces canons étaient absolument excellents.

 

Vala. Insurgez vous un bon coup et puis ensuite je vais vous expliquer d’où viens la légende qu’ils étaient moisis.

Les canons – le canon en lui-même, pas la tourelle – était excellent, et ça, on le sait parce que c’était exactement le même modèle que le 90mm italien terrestre qui a tant fait parler de lui et qui a continuer à servir après la guerre. Quand on parle de canons AA en général sans spécifier où quand comment, le classement il est simple : le meilleur léger il est suisse, c’est le 20mm Oerlikon. Le meilleur medium il est suédois, c’est le 40mm Bofors. Le meilleur lourd il est Italien, c’est le 90/53. Et le meilleur DP – honnêtement j’en sais rien, place your bets et un jour je comparerai les 100mm IJN, 127 US, 128 GE et les quelques british qui veulent s’y tenter, même si perso je met les paris sur le 100mm IJN si on compte pas la méthode de visée, sinon sur l’US.
Bref.

Quoi qu’il en soit, le 90mm italien était purement brillant, déjà de par l’incroyable précision de ses obus, ensuite sa RoF qui valait les meilleurs de l’époque (12 à 16 en fonction de l’équipage, pareil que les 127 US de l’époque), de sa range AA qui valait presque celle de canons de 40mm plus gros, et surtout de sa range effective beaucoup plus grande surtout grâce à sa précision.

Du coup si le 90/53 était une arme si bonne sur terre, qu’est-ce qu’il s’est mal passé ?

 

Deux choses. Déjà, une erreur partagée avec les canons terrestres, (encore une fois) les obus étaient défectueux. Ca, c’était un vrai problème, et quand ton obus se désintègre avant de toucher un avion c’pas pratique. Mais ça, ils l’ont corrigé très rapidement et le problème a complètement disparu avec les obus améliorés. Du coup ce défaut a été rapidement et promptement éradiqué.

Le second « problème », c’était la tourelle elle-même. Son fameux système de stabilisation active, prétendument, tombait tout le temps en panne. Réponse : c’est VRAI. Ouais, je suis sérieux, il y avait ce gros défaut que ta stabilisation elle plante au pif quand de l’eau rentre dedans ou que t’as une onde de choc un peu trop forte. Mais par temps clair et tant qu’il n’y avait pas d’explosion proche des tourelles c’était un sacré avantage de précision.
Oh, je vous entends d’ici « mais on peut pas se reposer sur une arme qui tombe en panne fréquemment ». Je sais, c’est mon argument principal pour dire que Mogador était moisie. Sauf que dans ce cas, si le système de stabilisation plante, j’ai envie de vous dire, on s’en fout royalement.

 

Pensez à la chose comme ça : t’as un objet A, qui est le canon, qui est d’excellente qualité, un des meilleurs. Il va s’opposer à un objet B, un autre canon, de qualité égale ou moindre. Mais en plus t’as un système A’ qui est accroché à ton A et augmente tes performances. Tant que A+A’ est fonctionnel tu roules sur l’univers avec tes performances, et B fait pâle figure à côté.
Maintenant, A’ est soudainement défectueux. Ca marche plus. Il te reste que A. De base, A est déjà supérieur à B. Alors certes, tu perds quand même un avantage considérable, mais tu restes plus efficace que B. Ou, dans le cas présent, même sans le système de stabilisation, le 90mm avait des performances en termes de précision/range supérieures à ce qui se faisait à l’époque.

 

Mais est-ce qu’on peut ignorer un système défectueux ? Est-ce qu’il n’applique pas un « malus » de visé ? Nope. En fait, c’est pas pour rien que le système entier était activable et désactivable à volonté.

Dans un endroit où il tombe toujours en panne (au hasard, Dulio et Doria), ça vaut pas le coup de l’avoir. Mais sur les Littorio, le système était à peu près fiable, donc il a été monté. Donc, gros avantage AA. Et dans le cas où il plantait, bah, on le désactive, on l’oublie, et on a quand même un avantage en AA. Juste moins gros.

 

v- Conclusion sur l’AA

 

Finalement le plus gros défaut de l’AA de Littorio c’est le suivant :… elle a jamais été modernisée. Donc si vous vous demandez celle qu’elle valait, voici la réponse : ça dépend de la date. En 1945 ? pas grand-chose. En 1943 ? Mouais, bof. Passable au plus. En 1942 ? Correct. En 1941 ? Bonne. En 39/40 ? Elle était très bonne, avec des 90mm brillants, des moyens et petits calibres entre bons et très bons que ce soit en range ou vitesse de tir, et le tout suffisamment réparti sur le navire et sur les calibre pour engager des cibles de tout coté à une large quantité de distance. Je la pitcherais même comme meilleure AA à la sortie de ce batch de cuirassé – ce qu’elle n’est pas resté longtemps bien sûr, mais tout de même. A la fin de la guerre c’est plus dur à dire, je sais pas vraiment où il faut la placer avec Yamato et Bismarck, mais dans le tiers bas quoi qu’il arrive (faute à la Suédoisification des alliés aussi. Suéde ftw).

 

littorio-and-vittorio-italian-battleship

 

Une conclusion sur l’armement de Littorio :

 

Arrivé à ce stade vous comprenez pourquoi j'ai découpé ce MONSTRE en trois parties xD Bref, la conclusion : 

 

Littorio a un armement excellent en 1940, et capable de se battre dans la norme en 1942. C’est difficile de la classer en raison de ses deux gros défauts : une puissance explosive moindre de la batterie principale et vitesse de tir correctes/lentes sur les secondaires/principaux. Mais elle a la précision et la pénétration pour challenger beaucoup de cuirassés là où d’autres de la série pourrons moins parce qu’ils ne pourront pas facilement passer l’armure (KGV & Bismarck), qu’ils auront des problèmes pour toucher précisément et vite (Richelieu), qu’ils auront des distances effectives défavorables (North Carolina & Bismarck).

L’armement principal de Littorio la rend dangereuse à énormément de distance et quelque soit la cible.

 

Son armement secondaire est moins merveilleux, mais sans être excellent, il est « bon » et fait son job « correctement ». Certes, les AP sont les seules vraiment viables au delà de 7km pour cause de dispersion, mais autrement c’est un canon qui fait ce qu’il est censé faire : attaquer les petits navires qui s’approchent trop prêt.

 

Son armement anti-aérien est vraiment bon pour le pays et au travers de toutes les critiques. En 1940, il a l’avantage de l’équilibre, de la variété, de la distance et de l’efficacité, sans y perdre en défauts ou en sacrifiant certaines caractéristiques. Finalement, son AA n’a pas été mauvaise pendant la guerre, mais l’absence totale de modernisation a fait que son AAW excellent pour 40 était juste « correcte » en 42. Et encore, il était loin d’être inutile et représentait un vrai danger pour les avions.

 

Il s’agit probablement, après tout ce que j’ai vu, du point le plus négligé du navire. Pugliese, les canons principaux, tous ces trucs ont leurs défauts ; de plus aucun cuirassé n’avait d’AA capable de le protéger d’une attaque aérienne complètement. Mais dire que l’AA italienne était mauvaise est le contraire de la vérité. Il est difficile d’en trouver une meilleure sur un cuirassé avant la guerre.

 

Bref, maintenant vous avez eu une vue complète de la capacité offensive du navire. Dans l’article suivant : la vie de Littorio, la vie de Vittorio Veneto, et pour les fans de technique, quels obus, bombes, torpilles et autres sont susceptibles de percer son armure ? Est-elle extrêmement bien blindée ou bien a-t-elle un métal moisi qui laisserait passer du 305mm ?

La réponse dans le prochain épisode !

  • Cool 10

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Super article.

 

Par contre un truc me chiffonne. Tu ne fais aucune mention aux Fire Director en parlant des canons et de la précision, et de ce que j'ai pu lire à droite à gauche, c'est justement ça qui distinguait en mal Litto-chan par rapport à ses concurrents.

Autant les canons sont excellents, autant de ce que j'ai compris les FD posaient un sacré soucis et c'est le genre de truc qui le rendait plutôt très bof en tir à longue distance.

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1 hour ago, ShinGetsu said:

Super article.

 

Par contre un truc me chiffonne. Tu ne fais aucune mention aux Fire Director en parlant des canons et de la précision, et de ce que j'ai pu lire à droite à gauche, c'est justement ça qui distinguait en mal Litto-chan par rapport à ses concurrents.

Autant les canons sont excellents, autant de ce que j'ai compris les FD posaient un sacré soucis et c'est le genre de truc qui le rendait plutôt très bof en tir à longue distance.

 

J'y viendrai, j'ai un passage sur les optics en partie 3. Et si je les ai mis là c'est parce qu'en fait ya vraiment pas grand chose à dire sur eux.

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[CHATS]
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Le 22/04/2018 à 22:35, LastButterfly a dit :

Ces canons étaient absolument excellents.

 

Mais pas assez pour sauver Roma des bombes Allemandes. :Smile_trollface:

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1 hour ago, Webley_Mark said:

 

Mais pas assez pour sauver Roma des bombes Allemandes. :Smile_trollface:

 

Même si c'est pas exactement la réponse, pour mettre l'AA en perspective, Iowa a engagé dans sa carrière 18 fois des groupes avions, pour descendre au cours de toute son existence un total de 5 avions.

Faut pas se mentir, discuter de l'AA d'un navire, quel qu'il soit, est relativement inutile en fait. Il faut toute une flotte pour pouvoir avec une certitude relative abattre un seul avion. Ce genre de chose est particulièrement bien démontré lors d’événements où des avions ont majoritairement engagé des forces de surface non protégés par une couverture aérienne tels que Pearl Harbor, où malgré le nombre de navire et la base hérissée de défense, beaucoup prête pendant le second raid ou peu s'en faut, n'a pu abattre que 29 des 350 avions japonais, avec une grosse majorité des kills aux quelques rares avions US de la zone, ou encore Subyuan Sea où les alliés ont attaqué par vagues successives la force centrale japonaise avec,n grosso modo, 260 avions, et pour un total de... bah quasiment aucune pertes je crois ; ou même Ten-Go où la Yamato et son escorte a abattu 12 avions sur les quelques 380.

Quand on parle d'attaque aérienne sur navire de surface, si un navire seul descend trois avions, c'est juste magnifique. Le monde réel n'est pas le monde merveilleux de FailGaming.

 

Quant à pourquoi Roma a succombé à une telle attaque - et pas Littorio bien qu'elle se soit aussi pris un Fritz X - ce sera développé en parti 2&3 ! Le suspense est insoutenable~

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Il y a 5 heures, LastButterfly a dit :

 

Le suspense est insoutenable~

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Le pire c'est que j'attends vraiment impatiemment la suite !

Bravo pour ton boulot le papillon !:Smile_great:

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[CHATS]
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Il y a 10 heures, LastButterfly a dit :

Quant à pourquoi Roma a succombé à une telle attaque - et pas Littorio bien qu'elle se soit aussi pris un Fritz X - ce sera développé en parti 2&3 ! Le suspense est insoutenable

 

Roma avait appuyé sur "P". :Smile_teethhappy:

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